// Chronique
Cinq millions d'exemplaires ne se trompent pas
Les Fourmis a été refusé dix-neuf fois avant d'être publié en 1991. Depuis, il est devenu l'un des romans français les plus vendus de l'histoire — plus de cinq millions d'exemplaires en France seule, traduit dans plus de trente langues.
Bernard Werber a réussi quelque chose que très peu d'auteurs parviennent à faire : vulgariser la science — ici, l'entomologie — sans trahir ni la rigueur ni le plaisir narratif.
L'alternance comme moteur
Le roman alterne en permanence entre deux fils narratifs : l'enquête humaine (qui a hérité de la cave de l'oncle Edmond ? pourquoi ceux qui descendent au sous-sol ne remontent-ils pas ?) et la vie intérieure de la colonie de fourmis, narrée de l'intérieur avec une précision fascinante.
Cette structure en miroir est le vrai génie du livre. Werber nous invite à regarder notre propre civilisation à travers les yeux d'un insecte — et ce qu'on voit n'est pas toujours flatteur.
Un phénomène culturel
Les Fourmis a créé une génération de lecteurs de SF en France. Des milliers de jeunes qui n'auraient jamais ouvert un roman de genre ont découvert l'imaginaire par ce biais. Son influence sur la SF française populaire est immense — et souvent sous-estimée par la critique littéraire.