// Chronique
Le premier contact sans réponse
Rendez-vous avec Rama est l'un des romans de SF les plus purs jamais écrits — et l'un des plus déstabilisants. Clarke ne nous donne aucun méchant, aucun conflit dramatique, aucune révélation à proprement parler. Juste une équipe humaine qui explore méthodiquement un objet impossible, et un mystère qui reste entier à la dernière page.
Le vaisseau Rama est un chef-d'œuvre de construction imaginaire. Clarke l'a conçu avec une rigueur physique absolue : sa gravité artificielle est générée par rotation, son éclairage intérieur suit un cycle, ses océans sont horizontaux par rapport au cylindre... Tout est cohérent, tout est crédible, et tout est profondément alien.
L'humilité comme vertu narrative
Ce que Clarke fait ici est rare : il refuse de tout expliquer. Les Ramans — qui qu'ils soient — ne communiquent pas avec les humains. Ils ne les remarquent peut-être même pas. Rama est un vaisseau-colonie en transit, et la petite espèce curieuse qui l'a exploré pendant quelques jours n'était probablement pas dans ses priorités.
Cette humilité cosmique — l'humanité n'est pas le centre de l'histoire — est une leçon que beaucoup de SF aurait intérêt à méditer.
Prix Hugo et Nebula 1974
Clarke a dit que Rendez-vous avec Rama était le roman dont il était le plus fier. On le comprend.