// Chronique
La naissance du New Weird
Quand Perdido Street Station paraît en 2000, le monde de la fantasy n'est plus tout à fait le même. China Miéville vient d'inventer — ou du moins de nommer — un nouveau mouvement : le New Weird, une fantasy urbaine, sombre, politiquement consciente, littérairement ambitieuse.
New Crobuzon est l'une des villes les plus extraordinaires de toute la littérature de l'imaginaire. Steampunk avant l'heure, peuplée de dizaines d'espèces intelligentes (dont les Remodelés — des criminels dont le corps a été chirurgicalement altéré comme punition), traversée par des rails aériens, des réseaux de magie et de science indiscernables, des quartiers qui changent de nature selon l'heure.
Un foisonnement d'idées vertigineux
À la différence de la plupart des auteurs de fantasy, Miéville ne retient pas ses idées. Il les déverse toutes, en simultané, sans ménagement. Une créature appelée Weaver — araignée-dieu qui tisse la réalité comme une toile — apparaît et disparaît selon des logiques incompréhensibles. Des monstres psychiques appelés Slake-Moths se nourrissent de conscience. Un scientifique construit un moteur qui tourne en dehors de la physique connue.
Politique et horreur
Miéville est un auteur politique, et New Crobuzon est une ville capitaliste dans toute sa brutalité. La répression, l'exploitation, la misère de masse coexistent avec la magie et la science. Ce n'est pas une métaphore — c'est une description.
Prix Arthur C. Clarke, prix British Fantasy. Un chef-d'œuvre déroutant et inoubliable.